Attention à cette vidéo d’une « mannequin » prétendument reliée à l’affaire Epstein
Dernière modification : 10 février 2026
Autrice : Maylis Ygrand, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste
Source : Compte Facebook, le 1er février 2026
Des internautes relaient la vidéo d’une femme dénonçant de prétendus actes de cannibalisme. Selon les publications, les fichiers Epstein confirmeraient ses dires. Pourtant, rien n’indique un quelconque lien entre cette femme et l’affaire Epstein.
« Ils ont mangé des humains ! » Depuis quelques jours, la vidéo d’une femme dénonçant de supposés actes de cannibalisme est massivement relayée sur les réseaux sociaux. Et à en croire certains internautes, ce prétendu témoignage serait lié à l’affaire Epstein.
« Gabriella Rico Jimenez, mannequin de 21 ans, après avoir assisté à une soirée “élite” : “Ils ont mangé des humains”. Elle a disparu après cette nuit-là et on ne l’a plus jamais revue. En 2026, des pages des dossiers Epstein confirment tout ce qu’elle affirme avoir vu … », soutient une internaute.
Mais ces allégations d’un lien entre cette jeune femme et Jeffrey Epstein — condamné pour « sollicitation de prostitution » et « sollicitation de mineure à des fins de prostitution » en 2008 et retrouvé pendu dans sa cellule après avoir été arrêté une nouvelle fois en 2019 — ne reposent, en réalité, sur aucune preuve. Explications.
Aucune mention de Gabriela Rico Jiménez dans les Epstein files
La vidéo tourne depuis plusieurs années sur les réseaux sociaux, et plusieurs amateurs de faits divers s’en sont emparés. On retrouve des podcasts sur « la mystérieuse disparition de Gabriela Rico Jimenez » ou des vidéos YouTube.
Tous partent de la vidéo où cette femme dénonce de prétendus actes de cannibalisme. Si l’on s’en réfère aux logos présents sur la vidéo, la scène a été diffusée sur la chaîne de télévision info7.mx, qui paraît au Mexique. Cette même chaîne, info7, est revenue sur cette « archive » dans une vidéo en février 2026, sur leurs réseaux sociaux. Ils datent l’extrait d’août 2009 et le situent à Monterrey au Mexique.
Dans un extrait plus long du reportage, le présentateur revient sur le contexte de cet épisode. « Porfirio Ibarra [un journaliste de la chaîne, ndlr] a capté ces images. Nous allons les vivre avec lui. A toi, Porfirio », lance le présentateur. Dans son sujet, le journaliste explique alors que « cette femme » avait été « arrêté » peu avant les faits et qu’elle avait « de nouveau provoqué un scandale en pleine rue ». Elle aurait « fait une nouvelle crise, due aux troubles mentaux dont elle souffre ».
Si cette personne est, aujourd’hui, présentée sur les réseaux sociaux comme une « mannequin », le journaliste ne la présente pas ainsi. Les Surligneurs n’ont pas trouvé de traces sur internet d’une carrière de mannequin pour cette personne.
Dans la vidéo, la jeune femme présentée par le journaliste comme « Gabriela Rico Jiménez » cite de nombreuses personnalités dans sa diatribe, mais elle ne nomme à aucun moment Jeffrey Epstein.
Aujourd’hui, cette vidéo réapparaît sur les réseaux sociaux comme une preuve d’un lien avec l’affaire Epstein. Il faut dire que la dernière salve des « Epstein files » — documents liés à l’affaire du financier — mise en ligne le 30 janvier 2026 par le département de la justice des États-Unis a fait l’objet de nombreuses spéculations et théories du complot. Pourtant, aucun de ces fichiers, et plus largement de ceux de l’affaire Epstein, ne mentionne le nom de Gabriela Rico Jiménez.
Aucune preuve d’un quelconque lien
Sur leurs publications, certains internautes ont accompagné la vidéo de fichiers (comme ici ou là) qui, eux, sont disponibles sur le site du ministère de la Justice des États-Unis dédié à l’affaire Epstein. Ces documents en question prouveraient, selon eux, qu’il existe un lien entre les images de Gabriela Rico Jiménez et l’affaire.
L’un de ceux mentionnés par les internautes est une boucle de mails datant de 2019 qui rapporte l’interview d’un supposé témoin auprès d’un bureau spécialisé de la police de New York. On y lit le témoignage d’un homme qui affirme avoir « été victime d’une sorte de sacrifice rituel au cours duquel ses pieds ont été coupés avec un cimeterre, mais sans laisser de cicatrices » sur un yacht. La personne avait également déclaré avoir vu « des bébés être démembrés, leurs intestins retirés, et des individus manger les matières fécales contenues dans ces intestins ».
Dans un deuxième temps, le fichier en question indique que la personne « a déclaré avoir consommé des champignons hallucinogènes ainsi que d’autres substances illicites dans le passé et fumer actuellement de la marijuana » et qu’elle « n’a fourni aucune preuve à l’appui ni aucun témoin pouvant être contacté ».
Sur un autre document relayé sur les réseaux sociaux, il est possible de lire que Jeffrey Epstein aurait envoyé, le 24 avril 2009 : « où es-tu ? Ça va ? J’ai adoré la vidéo de torture ». Selon les internautes, le fait que des actes de torture auraient été commis quelques mois avant les supposées dénonciations de Gabriela Rico Jiménez ne serait pas un hasard. Pourtant, rien ne prouve que ce message et les dires de la femme soient liés.
Aucun de ces documents ou la vidéo relayée sur les réseaux sociaux ne prouve donc que les déclarations de Gabriela Rico Jiménez sont liées à l’affaire Epstein.
Enfin, en publiant les « Epstein files », le département états-unien de la Justice avait prévenu qu’ils pouvaient inclure « des images, des documents ou des vidéos faux ou présentés de manière trompeuse, car tout ce qui a été envoyé au FBI par le public a été inclus dans la production ». Prudence donc concernant ces fichiers, ils n’ont pour la plupart pas fait l’objet d’enquête indépendante, permettant de confirmer leur véracité.
