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Photo : Capture d'écran Facebook

Attention à cette vidéo censée montrer une bagarre entre le président somalien et le président de son assemblée

Création : 21 août 2026

Auteur : Clément François, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Clément François, journaliste

Source : Compte Facebook, août 2026

Une ancienne vidéo montrant deux hommes en costume se battant dans un hémicycle circule sur les réseaux sociaux. La scène se passe au Somaliland, un territoire proclamé indépendant de la Somalie mais non reconnu, et date de 2015.

Sur les réseaux, une vidéo circule de nouveau depuis plusieurs jours sur des comptes s’intéressant à l’actualité du continent africain. On y voit deux hommes en costume, derrière un pupitre, en venir aux mains sous les yeux médusés de l’assemblée. 

En légende, on peut lire : « SOMALIE : Bagarre entre le président de la République et le président de l’Assemblée nationale. » Cette supposée dispute qui dégénère entre deux têtes du régime somalien fait réagir les internautes qui s’étonnent de la scène. 

Pourtant, cette vidéo est sortie de son contexte : non seulement elle n’est pas récente, puisqu’elle date de 2015; mais surtout elle a été filmée au Somaliland, et ne montre donc pas le président de la Somalie. 

Somaliland, pas Somalie

Ce n’est pas la première fois que cette vidéo est sortie de son contexte. Elle est publiée régulièrement sur les réseaux sociaux et a d’ailleurs été fact-checkée dès 2020 par des confrères européens (ici et ici) ou africains (ici). 

Plusieurs indices nous permettent de retrouver l’origine de la vidéo. Tout d’abord l’écriteau installé juste devant les deux hommes, sur lequel est écrit « shirgudoonka golaha wakiilada ». C’est une phrase qui signifie « direction de la Chambre des représentants » en somali. 

Le somali est l’une des langues officielles de la Somalie mais aussi du Somaliland. Ce territoire situé au nord-ouest de la Somalie y a été intégré pendant une trentaine d’années (des années 1960 à 1991) avant de faire sécession et de déclarer l’indépendance en 1991 à l’occasion d’une guerre civile. Si le pays n’est pas reconnu par la communauté internationale, il possède son propre système démocratique.

Or, au Somaliland, le nom de la chambre basse est bien « Golaha Wakiilada », comme on peut le lire sur le panneau. Tandis qu’en Somalie, la Chambre des représentants, ou “Chambre du peuple”, se dit « Golaha Shacabka » .

De plus, le drapeau que l’on peut voir en arrière plan dans la vidéo semble être le drapeau du Somaliland, reconnaissable à ses trois couleurs (vert, rouge, blanc), reprises d’ailleurs sur le pupitre. 

Une décontextualisation récurrente 

La vidéo présentée comme récente sur les réseaux sociaux date en réalité de 2015. On peut en retrouver un autre point de vue sur Youtube, publié par Somaliland Live Media, un média régional, ainsi que le compte-rendu de la séance publiée sur une radio d’information somalienne appelée Warsan Radio

On y apprend que la dispute oppose Abdirahman Mohamed Abdillahi, le président de la Chambre des représentants du Somaliland, et son vice-président de l’époque, Bashe Mohamed Farah, qui lui succèdera, deux ans plus tard, en 2017. On peut reconnaître les deux hommes en comparant la vidéo avec des photos disponibles en ligne. 

Des tensions politiques récentes en Somalie

Pourquoi cette vidéo est-elle publiée de nouveau par de nombreux internautes en cet été 2026, plus de dix ans après l’échauffourée entre les hommes politiques somalilandais ? Si certains ont pu la reposter sans aucune malveillance, il est aussi possible que la réapparition de cette fausse information ait un lien avec les tensions politiques actuelles en Somalie, sur fond de réforme constitutionnelle contestée par l’opposition du président actuel Cheick Mohamoud. 

Depuis juin 2026, des affrontements ont régulièrement lieu entre des forces gouvernementales et des membres de l’opposition. L’ancien Premier ministre somalien Hassan Ali Khaire a même accusé le président actuel d’avoir ordonné une attaque contre son domicile. Ce genre de fausses informations, malintentionnées ou non, mettent de l’huile sur le feu de situations déjà explosives.