Attention à ces fausses images illustrant le sauvetage de 163 enfants portés disparus en Floride
Auteur : Nicolas Kirilowits, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
Source : Compte Facebook, le 31 août 2026
L’information relatant l’opération qui a permis de venir en aide à des enfants disparus en Floride a été illustrée sur les réseaux sociaux par de fausses images et l’histoire a, parfois, été racontée de façon inexacte.
C’est le genre d’actualité qui ne laisse guère insensible : aux États-Unis, une opération menée conjointement entre différents services de police et de justice, a permis de sauver 163 enfants jusque-là portés disparus.
Rendue publique le 25 août dernier, l’opération intitulée en anglais « Statewide Shield » (Bouclier d’État) et qui s’est étalée sur quatre jours a fait réagir de nombreux Internautes sur les réseaux sociaux. Certaines publications ont même avancé des détails précis concernant l’affaire.
Ainsi, l’une d’entre elles affirme que les enfants sauvés ont été « kidnappés dans des cages souterraines avec du ruban adhésif sur la bouche ». Une autre assure que « ces enfants ont été découverts dans des foyers d’accueil douteux et dans des opérations de trafic d’êtres humains ».
Une grande partie des posts relayant cette actualité était également accompagnée de vidéos avec des images saisissantes où l’on voit, entre autres choses, des enfants enfermés derrière des grillages ou une personne enchaînée par le cou.
Des situations variées
Toutefois, aussi grave que soit le sujet, nombre des informations avancées ici sont inexactes ou partiellement fausses. En effet, les autorités américaines n’ont communiqué que très peu de détails quant aux abus dont ont été victimes les enfants concernés.
Dans un communiqué de presse, en date du 25 août dernier, le Département de l’application de la loi de Floride (FDLE), l’agence à la tête de l’opération, indiquait brièvement que « les enfants retrouvés étaient âgés de 2 mois à 17 ans ; nombre d’entre eux avaient subi diverses formes de maltraitance, de négligence ou d’exploitation, ou avaient été exposés à d’autres activités criminelles. »
Des précisions semblables à celles dévoilées par le Procureur général de Floride, James Uthmeier, dans cet autre communiqué.
Contactés par Les Surligneurs, le FDLE et le bureau du procureur général ne nous ont transmis aucune nouvelle précision quant à l’opération et les sévices dont ont été victimes les enfants.
Interrogé lors d’une conférence de presse, James Uthmeier rappelait – à partir de 30’15 – que les informations rapportées étaient « limitées » puisqu’elles concernent des mineurs. Avant de préciser tout de même, quelques instants plus tard, qu’ « il y a des membres de la famille, proches ou éloignés, qui kidnappent des enfants ou se disputent leur garde. Il y a des situations de placement où, malheureusement, des enfants sont maltraités. Il y a des enfants négligés, qui fuguent ou se tournent vers la drogue. Il y a des enfants qui deviennent victimes de proxénètes et sont forcés à se prostituer ou impliqués dans des réseaux de trafic d’êtres humains. »
Autrement dit, si des enfants ont pu être victimes d’un trafic d’êtres humains tel qu’évoqué par les publications, il n’est pas possible d’affirmer qu’ils l’ont tous été, ni dans quelle mesure. Les situations des victimes semblent, à l’aune des précisions connues, bien plus variées que ne le suggèrent les publications.
De son côté, la presse américaine (4 News, Fox News, Fox 13) n’avance pour sa part aucune information concernant le démantèlement d’un réseau de trafic d’êtres humains.
Des vidéos détournées
Aussi, les images rapportées par les posts sont trompeuses puisqu’elles ne sont pas issues de l’affaire. Les autorités américaines ont diffusé sur Youtube un seul clip à propos de leur enquête. On peut y voir des agents travaillant à sa bonne exécution. Dans aucune de ces images diffusées par le FDLE un enfant n’est visible à visage découvert, contrairement aux vidéos relayées sur les réseaux sociaux.
Celles-ci ont manifestement cherché à être racoleuses en mettant bout à bout des images saisissantes et datées. Pour preuve, dans certaines des vidéos publiées sur Facebook il est possible de voir une personne assise dans un environnement obscur et enchaînée par le cou. Or, cette scène relate la libération par la police d’une femme américaine séquestrée dans un container en 2016, la preuve ici et là.
Même constat pour les images où l’on peut apercevoir des personnes enfermées derrière un grillage avec du scotch bleu sur la bouche. Il s’agit en réalité d’une vidéo publiée en 2024. Elle est issue d’une chaîne Youtube qui indique dans sa description générale que « toutes les vidéos sont filmées sur un circuit fermé au Mexique dans le cadre d’un programme de formation de la police ».
