Les Surligneurs est un média indépendant qui lutte contre la désinformation politique

rubriques
Photo : capture d'écran X

Affaire Epstein : une nouvelle manipulation pro-russe vise l’Élysée

Création : 12 février 2026

Autrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Relecteur : Etienne Merle, journaliste 

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste

Source : Compte X, le 10 février 2026

Après l’opération Storm-1516, une fausse vidéo usurpant l’identité du média Wired prétend que l’Élysée aurait orchestré une cyberattaque pour bloquer la publication des documents Epstein. Rien n’atteste ces accusations, diffusées dans un écosystème proche des opérations d’influence russes

Le 30 janvier 2026, une nouvelle salve de documents a nourri l’immense base de données disponible au public – contenant 3,5 millions de documents – liée à l’affaire Epstein. Parmi ces documents, des milliers d’emails reçus et envoyés par Jeffrey Epstein, ce pédocriminel condamné en 2008 et retrouvé pendu dans sa cellule après une nouvelle arrestation en 2019, mais aussi des images.

Ces documents ont permis l’ouverture d’enquêtes judiciaires dans plusieurs pays, dont la France et l’Angleterre, et plusieurs personnes liées à l’homme d’affaires ont été mises en cause. Outre les diverses révélations et scandales véritables qu’ont permis de dévoiler ces documents disponibles en ligne, certains tentent de surfer sur le buzz et fabriquent de faux documents ou de fausses actualités autour de ce sujet. 

Ce 10 février, une vidéo a largement circulé sur les réseaux sociaux. Floqué du logo « Wired », un média sur la technologie, le clip de 50 secondes assure que le site du département de justice qui héberge les documents de l’affaire Epstein a été victime d’une cyberattaque, le jour de la publication du nouveau jeu de données. 

« Les experts en sécurité pensent qu’il s’agissait d’une tentative, orchestrée par l’Élysée, d’empêcher la publication de documents compromettants sur Macron », est-il précisé. Sauf que c’est faux. Le média « Wired » n’est pas à l’origine de cette vidéo et les informations données ne sont confirmées par aucune source. 

Aucune trace sur les réseaux sociaux du média

La courte vidéo floquée du logo du média spécialisé dans les technologies, Wired, circule sur les réseaux sociaux, mais on ne la retrouve sur aucun des comptes officiels du média. Ni sur Instagram, ni sur BlueSky, ni sur X, ni sur Facebook, ni sur Youtube, ni sur Pinterest, ni sur TikTok, ni même sur leur site internet.

D’autant que les vidéos publiées par Wired sont beaucoup plus qualitatives – que celle qui circule concernant la soi-disant cyberattaque qui n’est qu’une succession de photos sur lesquelles est collée une voix off.

Contacté, le média Wired n’avait pas encore répondu à nos sollicitations. 

Quant aux affirmations contenues dans cette vidéo faussement attribuée à Wired, rien ne vient les conforter. 

Pas de cyberattaque relevée

Une attaque DDoS, comme mentionné dans la vidéo, est une cyberattaque qui vise à « surcharger » artificiellement un site en multipliant de façon importante les requêtes pour ce site qui finira par planter et ne plus être disponible le temps de l’attaque. 

Aucune cyberattaque n’a été déclarée sur le site du département de la justice états-unien (actualités et communiqués de presse). Et rien n’a été rapporté sur une attaque ou que le site aurait planté, le 30 janvier 2026, le jour de la sortie des derniers documents. 

D’après la vidéo, une certaine « Beate Gallot » ou « Hayete Gallot » – selon les différentes orthographes utilisées dans les sous-titres –, serait l’experte travaillant chez « Microsoft » à l’origine de l’analyse selon laquelle la prétendue cyberattaque viendrait de la France. 

Hayete Gallot est bel et bien employée de Microsoft depuis le 4 février 2026 où elle a rejoint l’entreprise de tech comme vice-présidente exécutive à la sécurité, mais il n’existe aucune déclaration de sa part sur ce sujet. L’entreprise Microsoft a confirmé auprès des Surligneurs que l’identité de son employée avait été usurpée.

Il n’y a pas plus de preuves d’une cyberattaque qui vienne de la France ou d’ailleurs sur le site du département de la justice états-unien. 

Des désinformations et des attaques antérieures autour de l’affaire Epstein

Une source gouvernementale a confirmé aux Surligneurs que la vidéo était liée à une opération d’influence russe dont le mode opératoire, nommé « Matriochka« , consiste à produire du faux contenus pour saturer le travail des fact-checkers. En 2024, Viginum avait estimé que « l’objectif de cette campagne est probablement de décrédibiliser les médias, personnalités et cellules de fact-checking ciblés tout en promouvant des contenus servant les intérêts russes ».

Une attaque informationnelle imputée au mode informationnel « Storm-1516 », une opération d’influence russe, a déjà ciblé Emmanuel Macron pour faire croire à de fausses correspondances mentionnant le président dans les archives de l’affaire Epstein, le 3 février dernier, comme l’avaient révélé Les Surligneurs