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Capture d'écran Facebook.

Affaire Epstein : comment les conclusions d’un livre-enquête ont été exagérées pour faire croire à un « réseau toujours actif »

Création : 13 août 2026

Auteur : Etienne Merle, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste

Source : Compte Facebook, le 6 août 2026

La publication, en juin 2026, d’un livre consacré à l’affaire Epstein par le criminologue Alain Bauer a été reprise sur les réseaux sociaux, où certaines de ses conclusions ont été déformées jusqu’à nourrir un récit exagéré.

Si la canicule exceptionnelle qui frappe la France a provoqué d’importants incendies, il n’y a pas que la nature qui peut prendre feu à la moindre étincelle. Sur les réseaux sociaux, la publication du livre du médiatique criminologue Alain Bauer, en juin 2026, intitulé La vérité sur l’affaire Epstein (édition First), a enflammé la toile jusqu’à alimenter des récits éloignés de ses conclusions qui se sont propagés comme une traînée de poudre.

« Le système Epstein n’a jamais été démantelé » : « un enquêteur affirme avoir découvert un réseau toujours actif », écrivent de nombreux internautes. Les publications, manifestement reprises à l’identique, assurent que les « mécanismes d’influence, les intermédiaires et les protections » entourant Jeffrey Epstein seraient toujours en place.

Elles vont jusqu’à s’interroger : « Qui protège encore ce réseau, et combien de noms puissants pourraient être exposés si l’ensemble des documents était rendu public ? » Avant d’ajouter : « Les affirmations restent à confirmer par des preuves judiciaires mais l’enquête pourrait désormais prendre une dimension beaucoup plus explosive. »

L’affaire Epstein a provoqué un raz-de-marée d’informations fausses ou trompeuses, comme Les Surligneurs l’ont déjà largement documenté. Ces nouvelles publications n’échappent pas à la règle.

Un criminologue présenté comme un « enquêteur »

Tout d’abord, ces publications entretiennent une confusion sur les sources des pseudo-informations. Si une photo d’Alain Bauer apparaît bien dans le visuel qui accompagne certaines d’entre elles, son nom n’est jamais mentionné dans le texte.

Le texte se borne à dire qu’un « enquêteur » serait à l’origine de l’information. Un terme suffisamment vague pour prêter à confusion : s’agit-il d’un policier chargé de l’affaire Epstein ? D’un journaliste d’investigation ?

Faute de précision, le lecteur peut laisser croire que ces affirmations proviennent directement d’une enquête policière ou judiciaire. En réalité, cet « enquêteur » est Alain Bauer, criminologue, docteur en droit et figure médiatique bien connue.

Loin d’être une source anonyme, il intervient régulièrement sur les plateaux et les émissions de télévision, de France 2 à BFM TV, en passant par TF1 et CNews.

Une synthèse transformée en « découverte »

Qu’en est-il, maintenant, du fond des accusations relayées par les internautes ? Pour le comprendre, il faut revenir aux propos d’Alain Bauer lui-même. Invité sur CNews, le 1er juin 2026, dans l’émission de Laurence Ferrari – qui apparaît elle aussi sur les visuels diffusés en ligne – le criminologue présente son livre et explique sa démarche : « Ce que ce livre révèle, c’est un système de système […] il doit permettre, pour la première fois, l’analyse détaillée de tout ce qu’on sait, qui est vérifié, validé et documenté. »

Dès les premières minutes de l’entretien, Alain Bauer précise donc que son livre ne repose pas sur la révélation de nouveaux éléments matériels concernant l’affaire. Selon lui, c’est son travail d’agrégation d’informations déjà accessibles au public qui rend son enquête inédite.

La formulation des publications est trompeuse lorsqu’elle présente cette analyse comme la « découverte » d’un réseau encore actif : Alain Bauer affirme bien qu’un système ou des mécanismes de protection perdurent, mais il ne présente pas son livre comme la révélation de nouveaux éléments matériels démontrant l’existence actuelle d’un réseau criminel coordonné.

Il est également trompeur d’affirmer que son enquête « pourrait désormais prendre une dimension beaucoup plus explosive ». Dans son interview, Alain Bauer évoque bien un « dossier français » de l’affaire Epstein, mais il s’appuie pour cela sur des procédures judiciaires déjà en cours : il cite notamment les deux enquêtes ouvertes en février 2026 par le parquet de Paris.

« Je crains que la partie française du système Epstein soit aussi importante que la partie américaine ou que la partie anglaise », affirme-t-il sur le plateau de CNews, avant d’ajouter : « On est sans doute au début du commencement de la plus grande affaire de prédation sexuelle et de relation entre la finance et le politique qu’on ait connue. »

Si ces déclarations sont fortes, elles traduisent l’analyse d’Alain Bauer sur l’ampleur potentielle de l’affaire à la suite de son enquête, mais elles ne permettent pas de conclure qu’il aurait apporté la preuve nouvelle de l’existence d’un réseau criminel encore opérationnel.

Propos déformés

Interrogé par Les Surligneurs, le criminologue dément d’abord avoir déclaré que « le système Epstein n’a jamais été démantelé ». Par ailleurs, le « réseau toujours actif » des publications n’est pas celui que décrit Alain Bauer.

S’il affirme bien qu’un réseau demeure actif, il précise parler d’un « réseau de protection des auteurs et complices de Jeffrey Epstein » et non de la poursuite des activités du réseau de prédation sexuelle. Or les publications entretiennent l’ambiguïté entre ces deux interprétations.

Ces mécanismes de « protection » auxquels Alain Bauer fait référence ne sont pas inconnus. L’accord judiciaire très favorable obtenu par Jeffrey Epstein en 2008, les controverses sur les documents caviardés ou encore les difficultés rencontrées par certaines autorités pour accéder aux dossiers ont déjà été documentés dans d’autres pays.

En revanche, ces éléments ne suffisent pas, à eux seuls, à établir l’existence d’un réseau actif et efficace coordonné pour protéger aujourd’hui les auteurs et complices d’Epstein. Pour autant, Alain Bauer a lui-même employé, lors de la présentation de son livre, des formulations particulièrement fortes sur la persistance du « système Epstein » et l’ampleur potentielle de l’affaire.

Ces déclarations peuvent contribuer à expliquer certaines reprises approximatives, sans pour autant justifier les extrapolations ajoutées par les publications. En somme, certains internautes opèrent un « glissement » entre les analyses du criminologue et l’affirmation de faits nouveaux établis, ce qui rend leur présentation trompeuse.