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Photo : Jbpellerin60 (Domaine public)

Éducation nationale : le russe n’est-il vraiment plus enseigné en France ?

Création : 24 juillet 2026

Autrice : Maylis Ygrand, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste

Source : Compte X, le 19 juillet 2026

Des internautes affirment que le russe ne sera plus enseigné en France. Si aucun poste d’enseignant de cette langue n’a été ouvert en 2026, aucun n’a été supprimé non plus. La langue continuera d’être enseignée à la rentrée, malgré une baisse des jeunes candidats à l’apprentissage.

Apprendre la langue de Tolstoï serait-il devenu trop politique ? Une vidéo virale d’une femme se présentant comme enseignant le russe en ligne n’en démord pas : à la croire « C’est terminé, le russe ne sera plus enseigné en France ».

« C’est une première depuis plus de 50 ans : en 2026, aucun poste d’enseignement dans le secondaire ne sera ouvert pour la langue russe en France. L’État a décidé de ne proposer cette discipline ni au Capes ni à l’agrégation, en externe comme en interne, dans le public comme dans le privé sous contrat », ajoute-t-elle.

S’il est vrai que le ministère de l’Éducation nationale n’a pas ouvert de postes dans le secondaire pour l’année 2026, ses conclusions sont fausses : le russe sera toujours enseigné à la rentrée.

Démenti du ministère de l’Éducation nationale

Contacté par Les Surligneurs, le ministère de l’Éducation nationale a assuré qu’ « aucun poste de russe n’a été supprimé et l’enseignement du russe continue d’être dispensé ». De la même manière, Sylvette Soulié, présidente de l’Association française des russisants (AFR), a également indiqué aux Surligneurs qu’il y aurait toujours des cours de russe à la rentrée prochaine.

D’ailleurs, en parcourant la toile, il est possible de voir que de nombreux établissements prévoient toujours des cours de russe. Ainsi, le collège Jacques Prévert, à Paris, propose une section internationale russe en septembre 2026. De la même façon, ce sont 317 établissements qui proposaient l’apprentissage du russe à la rentrée de 2025, selon les chiffres de l’AFR.

S’il n’est donc pas question d’interdire les cours de russe sur le territoire français, il est vrai qu’aucun poste n’a été ouvert dans le secondaire cette année. Autrement dit, si les enseignants actuels demeurent en poste, aucun renfort n’est prévu pour cette nouvelle année scolaire. Nos confrères de TF1, Libération et France24, qui se sont également penchés sur cette fausse information, en sont arrivés à la même conclusion.

D’après le ministère de l’Éducation nationale, ce choix s’explique notamment par « une baisse continue des effectifs depuis 2020 ». À en croire les chiffres communiqués aux Surligneurs, alors qu’en 2020, 10 686 élèves du second degré public apprenaient le russe, hors enseignement par correspondance, il n’y en avait plus que 7 503 en 2025. Soit, une baisse de 29,8 % en cinq ans seulement.

Un recul de la LV3 avec la réforme du baccalauréat

Pour la présidente de l’AFR, ce déclin des effectifs s’explique par certaines « réformes ministérielles ». Étant la quatrième langue la plus enseignée en LV3, selon les chiffres de l’AFR, le russe aurait souffert de la récente réforme du baccalauréat. En effet, une note d’information sur l’enseignement des langues vivantes dans le second degré en 2024, publiée par le ministère de l’Éducation nationale en 2025, indiquait que « la troisième langue vivante (LV3), optionnelle à partir du lycée, est beaucoup plus rarement étudiée et en recul depuis la mise en place de la réforme du baccalauréat général ».

Mais, en plus de cette baisse des effectifs, le ministère de l’Éducation nationale justifie également cette non-ouverture de poste au vu du fait qu’il « recrut[ait] davantage que ce que les académies demand[aient] » et qu’il y aurait une « baisse continue du nombre de candidats » qui « tradui[rait] un déclin récent de l’attractivité de la discipline ».

Enfin, d’après les chiffres communiqués par le gouvernement, le total du nombre d’enseignants en russe resterait, dans le second degré public, relativement stable. Si pour l’année scolaire 2022-2023, il y avait 126 enseignants, ils étaient 122 lors de la session 2025-2026.

Cependant, le fait que le ministre de l’Éducation nationale ait décidé de n’ouvrir aucun poste pour la langue russe relève bien d’une situation inédite. En décembre 2025, la présidente de l’AFR, Sylvette Soulié, avait d’ailleurs communiqué une lettre ouverte au président de la République à ce propos. Elle s’inquiétait notamment du fait qu’à terme, la France manquerait significativement de « spécialistes qui connaissent le russe et la Russie afin d’approcher ce pays avec professionnalisme, rationalité et objectivité ».