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En Argentine, les recherches sur la souche "des Andes" se poursuivent. Photo : Diego Lima / AFP

Non, aucune étude ne prouve pour le moment que le hantavirus est sexuellement transmissible

Création : 27 mai 2026

Auteur : Clément François, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Clément François, journaliste

Source : Compte Facebook, le 17 mai 2026

Certains internautes assurent que le hantavirus serait sexuellement transmissible, s’appuyant sur une étude de 2023. S’il est plausible que le virus puisse être transmis sexuellement, les études actuelles et les cas observés ne sont pas suffisants pour l’affirmer.

L’arrivée de la souche des Andes du hantavirus a causé la panique en Europe les dernières semaines, où l’on craint une nouvelle pandémie de l’ampleur du Covid-19. Sur les réseaux sociaux, les théories se multiplient sur la dangerosité et la viralité de ce virus. Certains internautes affirment notamment que le hantavirus serait sexuellement transmissible. 

Pour défendre leur théorie, ils se basent sur une étude scientifique de 2023 qui s’intéresse à la persistance de la souche des Andes du hantavirus dans le sperme d’un individu ayant contracté la maladie six ans plus tôt. Chez ce patient, le hantavirus est resté présent dans le liquide séminal au moins jusqu’à la publication de l’étude. Mais y a-t-il vraiment de quoi s’inquiéter ? Les Surligneurs font le point. 

Attention aux « contacts humains prolongés »

Avant d’aller plus loin, il est important de préciser qu’il existe des dizaines de souches différentes du hantavirus, qui possèdent des propriétés et des moyens de transmission différents. La souche qui nous intéresse ici est celle dite « des Andes ». Selon l’ANRS MIE (Agence nationale de recherche sur le Sida et les maladies infectieuses émergentes), cette souche est « la seule, parmi les 38 connues, à pouvoir se transmettre d’une personne à l’autre. » 

Pour autant, l’agence précise bien que « ce mode de transmission reste marginal par rapport à l’exposition aux rongeurs infectés ». Anne Goffard, médecin spécialisée en virologie au CHU de Lille et enseignante-chercheuse à l’université de Lille, confirme cette analyse : « On sait que le hantavirus se transmet quand une personne va inhaler des poussières contaminées par des déjections de rongeurs, ou en manipulant ces rongeurs. »

« Les seules transmissions interhumaines observées pour le moment se sont faites par voie respiratoire, poursuit-elle, par contact avec de la salive ou des gouttelettes de respiration, ce qu’on appelle par aérosol. » Ces transmissions nécessitent de plus un contact « rapproché et prolongé », parce que la quantité de virus dans ces gouttelettes n’est pas assez importante pour contaminer une autre personne. 

Pas de transmission sexuelle observée pour le moment 

La spécialiste confirme que ce sont, pour l’instant, les seuls modes de transmission observés scientifiquement. Il n’y a, selon elle, aucune démonstration ou observation à valeur scientifique de la transmission sexuelle. Qu’en est-il de l’étude brandie par les internautes ? 

Elle démontre que chez un patient, soigné d’un hantavirus six ans plus tôt, l’ARN viral était encore détectable au niveau intracellulaire dans les échantillons de sperme. Les cellules (spermatozoïdes) restent porteuses, mais pas le plasma séminal de l’homme. 

Une étude insuffisante

Le grand défaut de l’étude avancée par les internautes est qu’elle ne s’intéresse qu’à un seul cas, étudié sur une longue durée, certes, mais dont il est impossible de faire des généralités scientifiques. Comme les auteurs de l’étude le disent eux mêmes : “La principale limite de cette étude réside dans la petite taille de l’échantillon. Il reste à déterminer si la persistance du virus se manifeste au sein d’une population plus importante de personnes ayant survécu à long terme à la maladie à virus Andes. »

Au-delà de cette limite, le fait décrit ne suffit pas en lui-même à prouver une transmission sexuelle. Dans leurs résultats, les auteurs de l’étude restent d’ailleurs prudents évoquant « un potentiel de transmission sexuelle » de cette souche d’hantavirus. Vincent Racaniello, professeur en microbiologie à l’université Columbia aux États-Unis, a insisté sur ce point, en réponse aux interprétations des internautes, sur son blog

Selon lui, l’étude de 2023 confirme un phénomène qui existe déjà chez d’autres virus comme Ebola : ils peuvent persister dans le corps même après avoir été traités, sans pour autant être forcément dangereux. Comme l’explique la professeure Anne Goffard : « Pour qu’il y ait transmission du virus, il en faut une quantité importante. On peut l’observer dans le sperme sans qu’il soit suffisamment important pour être transmis. »

Outre cette étude ouvrant la porte à une potentielle transmission par voie sexuelle, il n’existe, comme indiqué précédemment, pas d’études prouvant celle-ci. De plus, Anne Goffard note la difficulté de vérifier cette hypothèse. « Comme ce virus se transmet par des contacts humains rapprochés, s’il y a transmission, il va être difficile de savoir si c’est l’acte sexuel qui est responsable de la transmission ou simplement les contacts humains rapprochés« , comme les échanges de salive. 

Qu’il n’y ait aucune étude qui prouve la transmission sexuelle jusqu’à maintenant ne veut pas pour autant dire que des cas ne peuvent pas exister, mais qu’il faudrait pouvoir observer un plus grand nombre de patients pour en faire une réalité scientifique. 

Si la transmission sexuelle est, selon les deux chercheurs, plausible, elle n’a pour le moment pas été démontrée scientifiquement, ni par cette étude ni par une autre.