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Covid : la CIA privilégie-t-elle vraiment la piste d’une fuite d’un laboratoire ?

Création : 11 février 2025

Auteur : Nicolas Kirilowits, journaliste

Relecteur : Etienne Merle, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Hugo Guguen, juriste

Source : Compte Facebook, le 26 janvier 2025

L’arrivée d’un nouveau directeur de la C.I.A. aurait fait évoluer l’hypothèse sur l’origine du Covid-19, selon certains internautes. Si l’agence américaine privilégie bien désormais la piste d’une fuite depuis un laboratoire chinois, elle reste extrêmement prudente à ce propos. Pas plus hier qu’aujourd’hui, il n’est possible de statuer formellement sur l’origine du SARS-CoV-2.  

Cinq ans après l’émergence mondiale du Covid-19, l’origine du virus reste inconnue. S’agit-il d’une zoonose – d’une maladie infectieuse transmise de l’animal à l’homme – ou d’un accident de laboratoire ? Personne ne le sait. Le 30 décembre dernier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) appelait « la Chine à communiquer les données et à en favoriser l’accès pour nous permettre de comprendre les origines de la Covid-19. Il s’agit d’un impératif moral et scientifique »

Toutefois, une récente annonce de la CIA (Central Intelligence Agency) concernant sa propre évaluation de l’origine du virus a poussé certains utilisateurs des réseaux sociaux à estimer que c’était bien l’être humain qui était le seul responsable de la pandémie. « Le C.I.A, maintenant sous le contrôle de John Ratcliffe, détermine que la pandémie de Covid est née d’une fuite dans un laboratoire […] Ils savaient depuis le début… maintenant, il est temps pour les gens d’aller en prison », s’indigne une internaute. Alors, qu’en est-il ?

Des probabilités, pas de certitude 

Tout part d’un article du New York Times, publié le 25 janvier 2025, sur lequel se basent de nombreuses publications sur les réseaux. « La C.I.A. privilégie désormais la théorie de la fuite de laboratoire pour expliquer les origines du Covid », titre le journal états-unien sur son site Internet. 

L’information est issue « de déclarations faites à des journalistes par un porte-parole de l’agence », explique aux Surligneurs Julian Barnes, le journaliste auteur de l’article et spécialisé dans le renseignement et la sécurité nationale. Et de préciser qu’ « il n’y aura pas de rapports vraisemblablement avant 12 à 24 mois ». 

Nulle trace, en effet, sur le site de la CIA d’un rapport ou d’un document expliquant cet avis diffusé à la presse. Le sujet est tout de même évoqué par le nouveau directeur de l’agence, choisi par Donald Trump après son élection et fraîchement confirmé par le Sénat américain, John Ratcliffe, sur Fox News le 26 janvier. « La CIA a estimé que la cause la plus probable de cette pandémie qui a fait tant de ravages dans le monde est un incident survenu dans un laboratoire à Wuhan », indique-t-il. 

Le débat quant à l’origine de la pandémie est-il dès lors clos ? Non, car au-delà des doutes éventuels sur la légitimité de l’agence de renseignements à se prononcer sur un sujet scientifique, il n’est question ici que de probabilité. Aucun avis catégorique n’est prononcé ni étayé. John Ratcliffe, lui-même, précise, dans la continuité de son affirmation, que « nous [la CIA] allons donc continuer à enquêter sur ce point ». 

L’article du NYT, comme de nombreux papiers de la presse américaine (The Wall Street Journal, Financial Times, NBC News, The Associated Press) relatant l’information, précise par ailleurs que la CIA « a effectué sa nouvelle évaluation avec un faible niveau de confiance »  ou encore « que le changement opéré par l’agence ne s’appuyait pas sur de nouveaux renseignements. Elle se fonde plutôt sur les mêmes éléments que ceux qu’elle a examinés pendant des mois ». Autrement dit, des éléments examinés sous l’administration de Joe Biden. Chose que rappelle d’ailleurs John Ratcliffe dans son intervention sur Fox News pour justifier le caractère visiblement apolitique de sa prise de parole.

La Chine conteste

En résumé, pour l’agence de renseignement américaine, toutes les pistes sont encore bel et bien valables, même si la thèse de la diffusion du virus via un laboratoire chinois est aujourd’hui renforcée sans que l’on sache précisément pourquoi. 

Plus généralement, le doute continue d’habiter l’ensemble des agences de renseignements américaines – au nombre de 18 – comme le rappelle le dernier rapport public du Bureau du directeur du renseignement national, publié en juin 2023. « Toutes les agences continuent d’estimer que l’origine naturelle et l’origine associée au laboratoire restent des hypothèses plausibles pour expliquer la première infection humaine », peut-on lire dans le document. 

« La CIA et une autre agence ne sont toujours pas en mesure de déterminer l’origine précise de la pandémie de COVID-19, car les deux hypothèses reposent sur des suppositions importantes ou se heurtent à des difficultés liées à des rapports contradictoires », est-il également écrit. Quelques lignes qui confirment le changement d’opinion de l’agence depuis.

Les nouvelles suppositions de la CIA, dévoilées quelques jours seulement après l’investiture de Donald Trump, ont été vivement rejetées par la Chine. « Les États-Unis doivent cesser à la fois de politiser et de militariser la recherche sur les origines du virus, et cesser de désigner des boucs émissaires », a notamment indiqué à la presse Mao Ning, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, le 27 janvier dernier.