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Image d'illustration. Oléoducs d'exportation de pétrole sur un site pétrolier de l'île de Khark, au bord du golfe Persique, le 23 février 2016. Photo AFP

Guerre au Moyen-Orient : un pipeline permet-il de contourner le détroit d’Ormuz ?

Création : 30 avril 2026

Autrice : Maylis Ygrand

Relecteur : Etienne Merle, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste

Source : Compte Facebook, le 17 avril 2026 

Des internautes affirment qu’un pipeline reliant le Golfe persique à la mer Rouge permettrait de contourner le détroit d’Ormuz mais serait tenu secret. Au contraire, cet oléoduc est bien connu mais n’a pas les capacités pour encaisser la production acheminée habituellement par le détroit d’Ormuz.

Un faux problème ? Depuis l’attaque israélo-états-unienne sur l’Iran, le 28 février dernier, la République islamique a bloqué le détroit d’Ormuz en représailles. Situé entre le Golfe persique et le Golf d’Oman, ce dernier permet habituellement l’acheminement de 20 à 25% du pétrole et du gaz naturel liquéfié produits mondialement, selon le journal Le Monde.

Mais, selon certains internautes, il existerait « un pipeline de 1200 km traversant le désert du Golfe persique à la mer Rouge » qui aurait « été construit en 1981 pour contourner entièrement le canal d’Ormuz ». Autrement dit : alors que le prix du baril s’envole et que les compagnies aériennes sonnent l’alerte concernant une potentielle « pénurie systémique » de kérosène en Europe, un pipeline pourrait solutionner le problème. Mais, toujours selon les internautes, les journalistes et les « politiciens n’en parlent pas« .

Mais en réalité, l’existence de cet oléoduc est bien connue et a fait l’objet de nombreux articles de presse. Néanmoins, contrairement aux dires des internautes, il ne peut acheminer totalement la production qui circule d’habitude par le détroit d’Ormuz.

Une solution parcellaire

Depuis le début du blocage, les États cherchent à développer des voies alternatives pour s’émanciper du détroit d’Ormuz. En plus de cette course aux nouvelles solutions, les différentes options disponibles à ce jour ont également été passées en revue.

Et parmi elles, l’oléoduc qui relie le Golfe persique à la mer Rouge en traversant l’Arabie saoudite s’affiche en tête de liste. Loin d’être tenu secret par les journalistes et politiques, ce pipeline a au contraire fait l’objet de nombreux articles de presse depuis le 28 février dernier (comme ici, ici ou ).

Néanmoins, tous ces articles se rejoignent sur une même conclusion. Cet oléoduc peut certes prendre en charge une partie de l’acheminement mais est loin d’être la solution miracle au blocage du détroit d’Ormuz.

Pour mieux comprendre, prenons quelques chiffres. D’après l’agence américaine d’information sur l’énergie (IEA), en 2025, 20 millions de barils de pétrole brut et de produits pétroliers circulent chaque jour par le détroit d’Ormuz. Cette artère est donc cruciale pour le commerce mondial de pétrole.

En tant que pétromonarchie, l’Arabie saoudite s’était donc préparée à ce scénario catastrophe, soit le blocage du détroit d’Ormuz et donc de l’acheminement de son pétrole. Pour y pallier, les Saoudiens avaient décidé durant la guerre entre l’Iran et l’Irak, dans les années 80, de se munir d’un pipeline à même de contourner le détroit.

Si leur oléoduc permet donc d’acheminer quelques millions de barils, ses capacités sont néanmoins loin d’être suffisantes. En effet, le 10 mars dernier, le PDG de la compagnie pétrolière Saudi Aramco, Amin Nasser, a affirmé que le pipeline pourrait désormais prendre en charge sept millions de barils par jour, contre cinq auparavant.

Mais malgré cet effort, qui n’a pas encore été testé durablement, ces quelques millions de barils ne représentent même pas la moitié de la production acheminée habituellement par le détroit d’Ormuz.

La menace d’attaques sur les infrastructures

D’ailleurs, ce pipeline n’est pas non plus à l’abri d’attaques de la part de l’Iran. Le 8 avril 2026, elle avait notamment été touchée d’après des informations de Reuters.

De plus, après avoir parcouru près de 1200 kilomètres, les quelques millions de barils sont pris en charge au port de Yanbu (Arabie Saoudite). Et, à nouveau, les capacités de cette infrastructure sont limitées. En effet, d’après l’agence de presse Reuters, seulement environ cinq millions de barils peuvent y être théoriquement chargés chaque jour. Et, d’après des informations de nos confrères de TF1, en pratique, cela pourrait même être bien moins — entre 2 à 3 millions de barils par jour.

Ainsi, même avec un pipeline qui fonctionne à plein régime, le port ne serait pas en mesure de suivre le rythme. Et, tout comme l’oléoduc, le port peut également constituer une cible du régime iranien, comme cela a été le cas le 19 mars dernier.

Enfin, ces barils de pétrole ne seraient pas assurés d’arriver à bon port. Il faudrait encore qu’ils passent le détroit de Bab al-Mandab, qui sépare Djibouti et l’Érythrée, en Afrique, et le Yémen, sur la péninsule Arabique.

Or, l’Iran a justement menacé fin mars de le bloquer également. En effet, la République islamique pourrait potentiellement compter sur ses alliés houthis situés au Yémen pour mettre à l’arrêt la circulation des navires pétroliers dans le détroit.

Néanmoins, hormis quelques frappes, les Houthis sont pour l’instant restés discrets dans le conflit qui oppose l’Iran à l’alliance israélo-états-unienne. Comme l’ont également vérifié nos confrères de DPA et de TF1, cet oléoduc ne représente pas une solution miracle au blocage du détroit d’Ormuz.