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Attention à ces conclusions sur « la plus grande étude jamais menée sur les vaccins et la démence »

Création : 30 avril 2026

Autrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Relecteur : Etienne Merle, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste

Source : Compte Facebook, le 20 avril 2026

Une fondation, connue pour ses positions vaccinosceptiques, assure, étude à l’appui, qu’une vaccination contre la grippe et contre le pneumocoque provoquerait un risque accru de maladie d’Alzheimer et de démence. Les auteurs de l’étude réfutent cette interprétation.

« +38 % de risque de démence », « +50 % de risques d’Alzheimer ». Ces chiffres inquiétants sont inscrits en gros sur une photo d’un homme en train de se faire vacciner et d’un autre, plus vieux, dont le cerveau est mis en lumière. D’après l’homme qui se présente devant le micro, certains vaccins seraient responsables d’une augmentation de cas de maladies neurodégénératives.

« La plus grande étude jamais menée sur les vaccins et la démence portant sur plus de 13 millions de personnes a révélé que les adultes vaccinés contre la grippe le pneumocoque présentent un risque accru de 50 %  de développer la maladie d’Alzheimer et un risque accru de 38% de développer une démence. Ce risque augmente proportionnellement au nombre de doses », assure-t-il.

Si l’étude sur laquelle il se base existe bel et bien, ses conclusions sont éloignées de l’interprétation qu’en fait cet homme, membre d’une fondation qui a propagé des chiffres erronés durant la pandémie de Covid-19.

Une interprétation qui fait fi des limites de l’étude

Nicolas Hulscher, présenté comme un épidémiologiste de la McCullough Foundation, a publié cette vidéo sur ses réseaux sociaux le 7 décembre 2025 alors qu’une note de la FDA (agence de réglementation des produits sanitaires aux États-Unis) concernant un possible changement de politique concernant les vaccins venait de fuiter dans la presse.

L’homme – dont les fausses interprétations concernant d’autres études ont été plusieurs fois dénoncées (ici et ici) – en profite pour mettre l’accent sur la dangerosité prétendue des vaccins contre la grippe et le pneumocoque grâce à une étude – « la plus vaste et la plus rigoureuse étude jamais menée sur les vaccins et la démence” – qui révèlerait une “tendance profondément inquiétante », alerte-t-il.

L’étude en question, Common Vaccines and the Risk of Incident Dementia: A Population-based Cohort Study (Vaccins communs et risque de démence : étude de cohorte de populations), a été publiée en juin 2023 dans The Journal of Infectious Diseases. Les auteurs se sont intéressés à des individus sans démence de plus de 50 ans fréquentant des cliniques au Royaume-Uni, dont les données sont conservées par la Clinical Practice Research Datalink, entre 1988 et 2018. Au total, les auteurs ont bien analysé les données concernant 13 383 431 personnes.

« Notre raisonnement reposait sur l’hypothèse dite infectieuse, qui suggère un lien entre un large éventail d’agents pathogènes infectieux et le développement de la démence, explique aux Surligneurs Antonios Douros, un des auteurs de l’étude en question. Nous avons donc émis l’hypothèse que les vaccins pourraient réduire le risque de démence en prévenant les maladies infectieuses. Nos résultats n’ont pas corroboré cette hypothèse. »

Les auteurs ont analysé l’association entre une liste des vaccins les plus communs et l’apparition de démences. Pour les vaccins contre le tétanos et la coqueluche, aucun changement notable ; pour la diphtérie et le zona, une très légère diminution du risque ; tandis que pour la grippe et le pneumocoque, le rapport de chance s’établissait respectivement à 1,38 et à 1,12.

Dans une analyse supplémentaire, les auteurs ont utilisé la même méthodologie appliquée à la maladie d’Alzheimer, et ont effectivement trouvé un rapport de chance de 1,50 entre cette pathologie et les vaccins indiqués.

Autrement dit, les chiffres présentés par Nicolas Hulscher – à savoir « +38 % de risque de démence », « +50 % de risques d’Alzheimer » apparaissent dans l’étude… mais cela ne suffit pas à leur faire dire ce que leur attribue l’épidémiologiste. « Bien que la plupart des chiffres figurant sur cette image soient corrects, cela ne constitue pas une illustration fidèle de nos résultats », confirme Antonios Douros.

Des biais dans la cohorte

« L’augmentation du risque observée était inattendue », écrivent les auteurs, dans leur article, qui poursuivent : « Étant donné l’absence de tout fondement biologique liant la vaccination à un risque accru de démence, et compte tenu de l’ensemble de nos résultats, nous estimons que des facteurs de confusion non mesurés et un biais de détection tardive sont les explications les plus plausibles ».

En effet, lorsque des chercheurs s’attellent à analyser des données, ils tentent de limiter au maximum les effets de certains biais. Dans ce cas, par exemple, les auteurs ont pris en compte les données qu’ils avaient à leur disposition et qui pourraient être des « facteurs de confusion », comme l’indice de masse corporelle, le passif de fumeur, le statut socio-économique, la prise de certains médicaments, etc.

Sauf que d’autres « facteurs de confusion » n’avaient pas été mesurés et n’ont donc pas pu rentrer en compte dans les ajustements. « En raison de la nature observationnelle (non randomisée) de l’étude, les différences de caractéristiques entre les individus vaccinés et ceux non vaccinés peuvent conduire à des estimations biaisées », développe Antonios Douros.

Le professeur de pharmoépidémiologie évoque un de ces facteurs qui pourraient expliquer des résultats biaisés. Une personne vaccinée – notamment contre la grippe et le pneumocoque qui nécessitent des consultations saisonnières – a plus de chances de recevoir un diagnostic de démence du simple fait de consulter plus régulièrement un médecin.

« Ce biais semble plausible étant donné que la plus forte augmentation du risque a été observée dans les premières années suivant la vaccination, ce qui manque de cohérence biologique », ajoute Antonios Douros.

Contrairement à ce qu’indique Nicolas Hulscher, cette étude n’a donc pas prouvé une augmentation du risque de ces maladies neurodégénératives pour les personnes vaccinées. Elle a simplement mesuré cette hausse au regard d’un jeu de données dont les biais n’ont pas pu être ajustés. Il suffisait de lire le résumé : « Des facteurs de confusion non mesurés et un biais de détection expliquent probablement l’augmentation du risque observée. »