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Capture d'écran Facebook

Attention à cette prétendue image de Black Panthers prise récemment à Philadelphie

Création : 27 janvier 2026

Autrice : Maylis Ygrand, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste

Source : Compte Facebook, le 16 janvier 2026

Des internautes relaient une image montrant prétendument des Black Panthers présents récemment dans les rues de Philadelphie. Si leur présence a bien été réelle, l’image est datée et n’a pas été prise à Philly. Quant aux personnes présentes sur la photographie, il s’agit en réalité d’acteurs.

Le retour du Black Panther Party for Self-Defense. Ce mouvement révolutionnaire de libération afro-américaine, né en 1966, s’est éteint dans les années 70. Pourtant, à en croire une image relayée sur les réseaux sociaux, des personnes qui s’en réclament auraient « repris les armes ».

Des internautes ajoutent que ces personnes seraient « descendues dans la rue à Philadelphie, certaines portant des armes à feu, pour protéger les manifestants et leurs quartiers lors d’un rassemblement contre l’ICE [la police de l’immigration états-unienne, ndlr] ».

Si des membres se réclamant du Black Panther Party for Self-Defense ont bien été présents à Philadelphie, la photographie est datée et n’a pas été prise dans l’État de Pennsylvanie.

Pas la bonne date ni le bon lieu

Grâce à une recherche d’image inversée, Les Surligneurs ont retrouvé plusieurs occurrences (comme ici et ici) de cette photographie qui datent… de 2020. Le cliché n’aurait d’ailleurs même pas été pris à Philadelphie, mais à Atlanta.

En effet, à bien y regarder, il est inscrit sur le bâtiment visible derrière les supposés Black Panthers : « City Hall Tower ». Or, deux-trois clics plus tard, Les Surligneurs retrouvent l’édifice en question sur Google maps à Atlanta. Des pierres aux portes jaunes en passant par le numéro de rue, tout correspond. Le bâtiment, présent sur la photographie relayée sur les réseaux sociaux, est bien situé à Atlanta.

En cherchant un peu plus, Les Surligneurs ont également retrouvé d’autres photographies qui semblent avoir été prises lors de la même manifestation. Dans un autre post publié en juin 2020, il est ainsi possible de distinguer plusieurs des personnes présentes sur la photographie initiale. En plus d’avoir été pris à Atlanta, le cliché date donc bien de 2020.

À l’époque, les États-Unis connaissaient de fortes mobilisations. Le 25 mai 2020, George Floyd, afro-américain, mourrait étouffé, lors de son interpellation, sous le genou d’un policier en criant « I can’t breathe [Je ne peux pas respirer, ndlr] ». Dans les jours qui suivront, le territoire états-unien connaît d’importantes manifestations contre le racisme et les violences policières. Et c’est lors de l’une d’elles que la photographie, relayée dernièrement sur les réseaux sociaux, a été prise.

Si les personnes présentes sur la photographie ont été et continuent d’être présentées comme des Black Panthers, un article de Vice affirme qu’ils s’agissaient en réalité d’acteurs. L’un de ces derniers aurait confié à l’Atlanta Journal Constitution qu’il avait voulu « être un symbole d’espoir » pour les manifestants et qu’il ne l’avait pas fait « pour s’amuser ou quelque chose comme ça ».

Un retour des Black Panthers

Malgré le fait que cette image ait été détournée de son contexte, des personnes se réclamant du Black Panther Party for Self-Defense ont bien récemment été présentes dans les rues de Philly. Des médias (comme ici ou ) ont notamment pu les suivre au cours de certaines de leurs patrouilles effectuées afin de protéger les citoyens contre les violences policières. Cette remobilisation s’explique en un acronyme : l’ICE — Immigration and Customs Enforcement — la police fédérale de l’immigration états-unienne.

En doublant son effectif, triplant son budget et en étendant ses pouvoirs, Donald Trump compte sur l’ICE pour tenir une de ses promesses de campagne : expulser 11 millions de personnes sans-papiers. Mais les méthodes brutales de l’ICE sont de plus en plus contestées outre-Atlantique.

Le 7 janvier 2026, dans un autre État, à Minneapolis, Renee Good a été tuée au volant de son véhicule par un agent de l’ICE. Deux semaines plus tard, Alex Pretti est abattu, lors d’une manifestation contre les opérations de l’ICE, par un agent de la Border Patrol — une autre agence fédérale. À la suite de sa mort, les anciens présidents démocrates, Bill Clinton et Barack Obama, ont appelé à un sursaut. Donald Trump a, quant à lui, blâmé les dirigeants démocrates d’avoir créé ce « chaos ». Face aux mobilisations contre les méthodes de la police fédérale de l’immigration, une partie des agents fédéraux doit finalement quitter la ville de Minneapolis, dès ce mardi 27 janvier.

Le retour de membres se réclamant des Black Panthers à Philadelphie s’inscrit dans ce contexte.

Selon Radio Canada, leur nom a changé depuis quelques jours. Un ancien membre des Black Panthers qui leur avait permis de reprendre le nom du mouvement a finalement retiré son soutien au groupe. Ils s’appelleraient donc désormais les « Black Lion Party for International Solidarity ».