Colère des agriculteurs : la vidéo d’un CRS en larme a été généré avec l’intelligence artificielle
Auteur : Etienne Merle, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste
Source : Compte Facebook, le 11 janvier 2026
Une vidéo virale montrant un membre de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) en larmes, exprimant son soutien aux agriculteurs, circule massivement sur les réseaux sociaux. Mais cette scène n’a jamais eu lieu : il s’agit d’un contenu entièrement généré par intelligence artificielle.
Les larmes aux yeux, le désespoir dans la voix. Dans une vidéo relayée sur les réseaux sociaux, un prétendu « capitaine » de la compagnie républicaine de sécurité (CRS) craque : « Je suis à 100% du côté des agriculteurs, c’est une injustice terrible ce qu’ils subissent », explique-t-il face à la caméra, les larmes aux yeux. « Macron et son gouvernement, ils ne comprennent rien à nos campagnes… pardon mais c’est plus fort que moi ».
En arrière-plan, des tracteurs, des bottes de foin et des pancartes semblent situer la scène sur l’un des points de blocage mis en place par des agriculteurs mobilisés contre l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur.
À première vue, tous les codes d’un témoignage spontané et sincère sont réunis. Pourtant, cette vidéo est entièrement fausse.
Une scène peu crédible
De nombreux internautes ont identifié la supercherie. D’autres, en revanche, ont cru à l’authenticité de la scène, saluant le courage du policier ou l’appelant à la désobéissance : « Bravo ! », félicite l’un d’entre eux. « Alors désobéi », lance un autre. « Enfin des prises de conscience ! Bel exemple », se réjouit un dernier.
Un premier élément invite pourtant à la prudence : la situation décrite est peu crédible. Qu’un CRS, capitaine de surcroît, s’exprime publiquement, à visage découvert, pour soutenir un mouvement de protestation est très improbable.
En tant qu’agents publics, les policiers sont soumis à un devoir de réserve. Celui-ci impose de « faire preuve de retenue dans l’expression écrite et orale de [leurs] opinions personnelles », comme le rappelle le site officiel service-public.fr. Le non-respect de cette obligation peut entraîner des sanctions disciplinaires.
Dans les faits, lorsque des policiers souhaitent s’exprimer sur des sujets politiques ou sensibles, ils le font généralement de manière anonyme, ou par l’intermédiaire de syndicats, qui disposent d’une liberté d’expression élargie.
Cela étant, improbable ne signifie pas impossible. L’analyse doit donc se poursuivre sur le terrain des indices visuels.
Des défauts typiques de l’IA
Plusieurs anomalies trahissent une vidéo générée artificiellement. Dès les premières secondes, le col de l’uniforme devient brièvement flou avant de retrouver son aspect normal, un artefact fréquent dans les vidéos produites par IA. Autre incohérence : bien que l’homme semble pleurer, aucune larme ne coule réellement sur son visage.

Capture d’écran Facebook.
Le câble de son talkie-walkie effectue par ailleurs des mouvements peu naturels et se déforme légèrement en fin de séquence. L’uniforme du policier en arrière-plan présente également une incohérence. Ces défauts sont caractéristiques des limites actuelles des générateurs vidéo.

Capture d’écran Facebook.
Enfin, un dernier réflexe permet souvent de lever le doute : vérifier si l’événement a été repris par des médias fiables. Un tel témoignage, s’il avait été réel, aurait très probablement fait l’objet de multiples articles ou reportages. Or, aucune trace de cette scène n’apparaît dans la presse nationale ou locale.
