Vente de l’album avec la place de concert : la technique commerciale de Jul et Aya Nakamura bientôt interdite ?
Auteur : Nicolas Turcev, journaliste
Relecteur : Etienne Merle, journaliste
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Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste
Source : Compte Facebook, le 29 décembre 2025
Le syndicat qui représente les labels français a publié, le 29 décembre, son palmarès annuel des albums les plus vendus. Il en a profité pour annoncer de nouvelles règles de comptabilisation des ventes, interprétées à tort par certains internautes comme l’interdiction de commercialiser certains produits.
Finis les albums vendus avec les places de concert ? D’après plusieurs publications en ligne, le Syndicat national de l’édition phonographique (Snep), qui représente les labels de musique français, aurait annoncé l’interdiction de ces « bundles », utilisés par certains artistes pour gonfler les chiffres de vente de leurs disques.
Cette affirmation est toutefois trompeuse : il s’agit d’un changement des règles de comptabilisation des albums vendus, décidée par le Snep, et non d’une interdiction de commercialiser ces produits.
D’or et de platine
Le Snep a publié, le 29 décembre 2025, son palmarès annuel des meilleures ventes de disques en France, dont Gims, Jul et Theodora sortent grands gagnants. En fin de communiqué, le syndicat annonce son intention de changer les règles de comptabilisation des ventes pour 2026, afin de « refléter les évolutions de marché et renforcer la robustesse des classements ».
En clair, comme l’explicite aux Échos le directeur général du Snep, Alexandre Lasch, le syndicat du disque veut contrer les stratégies commerciales visant à gonfler artificiellement les chiffres présentés dans son baromètre – une référence pour l’industrie. C’est sur la foi de ce palmarès que le Snep attribue les disques d’or, platine ou diamant, des distinctions prestigieuses qui contribuent à la renommée de l’artiste et à la promotion de son œuvre.
Or, les méthodes de certains d’entre eux flirtent avec le bourrage d’urnes. Par exemple, le rappeur Jul a imposé la précommande de ses albums D&P à vie et TP sur TP aux fans voulant se procurer des billets en prévente pour ses concerts au stade Vélodrome, tout comme Aya Nakamura l’a fait pour son album Destinée et ses représentations au Stade de France.
Ces pratiques ne plaisent pas au Snep, pour qui « le classement doit refléter des ventes d’albums qui sont vraiment le fruit d’un choix conscient. Le consommateur ne doit pas se retrouver un peu contraint à acheter un CD ou un vinyle », explique Alexandre Lasch dans Les Échos.
Le syndicat « n’empêche[ra] pas de vendre des CD et des places de concert en même temps », assure son représentant – il n’en a de toute façon pas la possibilité, celle-ci revenant aux autorités de régulation. Mais à partir de 2026, le Snep cessera de comptabiliser ces ventes pour établir son palmarès annuel.
Comparer ce qui est comparable
Outre la régulation des « bundles », le Snep veut limiter la prime aux « albums évolutifs », comme le disque Le Nord se souvient : l’Odyssée de Gims. L’opus caracole largement en tête du classement avec près de 600 000 ventes, auxquelles sont intégrées les écoutes en streaming (1500 écoutes = 1 vente).
Le disque est d’abord sorti en ligne avec une première liste de titres, à laquelle sont ensuite venues s’ajouter de nouvelles pistes. Or, plus de pistes signifie plus de surface d’écoute, et donc des chiffres de vente gonflés par rapport aux albums non évolutifs.
Pour remédier à ce déséquilibre, le Snep ne comptabilisera les ventes des albums que si leur version finale ne dépasse pas le double du nombre de titres de la version parue initialement, et limitera le nombre de « tracklistings » différents pris en compte. L’objectif : « Comparer des albums qui sont vraiment comparables », justifie Alexandre Lasch.
Enfin, le Snep réajuste d’autres critères de comptabilisation, comme le prix minimum des supports physiques, qui passe 3,30 euros à 7 euros, ainsi que le nombre maximum de produits identiques enregistrés dans une seule commande, passant de cinq à trois.
Toutes ces mesures ne sont cependant pas des règles commerciales qui s’imposent aux labels et aux distributeurs, mais sont simplement des paramètres de comptabilisation des ventes de disques.
